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DE LA VILLE DE PARIS.
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de Condé pour la seconde foys M ; et se trouverent en ung chasteau près de Artenay qui s'appelle Sainct Simon'2'. Et après avoir esté quelques jours à ce parlement, voyant par la Royne qu'il ne se povoit riens accorder, elle délibéra de aller a Bogency où elle séjourna deux ou trois jours; pendant lequel séjour, il alloit et venoit tousjours quelcung vers le prince de Condé, espérant tousjours venir à accord pour divertir ceste guerre qui estoit ia vraye ruyne du royaulme de France. Et après ces allées et venues, il fut accordé entre eulx que le prince de Condé viendroit a Bogency trouver la Royne'3' et le Roy de Navarre, et que mess" de Guise et le Connestable et le mareschal de Sainct André, se re-tireroient à Chasteaudun, et laisseroient l'armée entre les mains du Roy de Navarre pour en faire à sa volunté; et partirent du camp de Bogensy ung samedi après disner'4', et allerent coucher à Verde'5', ung village qui est à six lieues de là, et le lendemain allerent aud. Chasteaudun, et feurent leurs per-
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sonnes logées au chasteau, de sorte qu'on esperoit que la paix fut faicte; et faisoient leurs comptes de eulx retirer chascun en sa maison, mais ce plaisir ne leur dura gueres longuement, car le mardi ensuivant au matin '°', monsr le Connestable eust lettres du Roy de Navarre, par lesquelles il luy mandoit ct à mons'de Guise et mareschal de Sainct André, quc s'ilz avoient envye de faire service au Roy, qu'il estoit besoing qu'ilz feussent le jour mesmes au camp, et que son frere's'estoit retire sans avoir riens accordé, qui fut cause qu'ilz feirent si bonne dilligence qu'il allerent coucher en nostre camp, qui estoit à sept bonnes lieues de là. Et doubtoit l'on que monsr le prince ne voulsist donner quelque bravarde ou sur-prinse, pendant qu'ilz estoient hors du camp'"', chose veritable, car il ne faillit à monter à cheval le landemain que lesd, s" feurent arrivez à Taisy et Roches '8', pensant bien qu'ilz ne feussent si tost de retour, et feist marcher son armée droit à nostre camp, où il se logea à deux lieues près en ung vil-
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O Catherine de Médicis reçut le 16 juin une lettre du roi de Navarre qui l'invitait à revenir au camp pour une nouvelle conférence, et elle monta en litière le lendemain 17 pour s'y rendre (Lettreà de Catherine de Médicis, t. I, p. 333). Les Mémoires du prince de Condé, p. 684, s'accordent à dire que tt la Royne Mere puitist le mecredy xvii pour aller trouver le prince de Condé à Sainct Symon près Orleans, pour voir s'il y auroit moyen de faire aucun accord-. Dans uno lettre adressée le 11 juillet au maréchal de Brissac, Catherine de Médicis fait connaitre de la façon la plus explicite tons les incidents de ces dernières négociations avec lo prince de Condé (Lettres de Catlierine de Médicis, t. I, p. 351).
(i) Une dépèche, envoyée d'Orléans le 22 juin à l'ambassadeur anglais Tlirockmorton, donne d'intéressants renseignements sur cette seconde entrevue de la Reine-Mère : «La Royne disna mercredi à Montlhéry et coucha à Estampes, jeudi, disna à Angerville et coucha à Arthenay où elle séjourna vendredi tout le jour. Le samedy, la Royne partit d'Arthenayet s'en alla loger à l'abbaye de Saint-Simon qui est à deux lieues de chascun camp. Là l'allèrent trouver hier le Roy de Navarre ot monsieur le prince et parlementèrent ensemble, et s'en y doivent encores aujourd'hui retourner. A tous les colloques no s'est trouvé aucun chevalier de l'Ordre ni d'ung costé dc l'autre; on a quasi espoir que la paix se ferai) (Comte II. de Laferrière, Le xvi' siècle et les Valois, p.' 71).
(3) D'après uno lettre adressée le 22 juin aux ambassadeurs d'Espagne, Catherine de Médicis devait se rencontrer le 28 juin avec le prince de Condé entre Angerville et Toury; en effet le prince de Condé, accompagné de l'amiral de Coligny, d'Antoine de Croy, prince de Porcien, dc François de La Rochefoucauld, de Jean de Rohan, de François de Hangest, de Jean de Parthenay-Soubise ct autres seigneurs, se rendit à Talcy et eut une entrevue avec la Reine où il lui offrit, pour faciliter l'apaisement des esprits, de quitter le royaume, Catherine de Médicis s'empressa d'accepter l'offre du prince de Condé et voyait déjà la paix conclue; le 25 juin elle annonçait au Parlement la conclusion d'un accord ct mandait au duc de Montpensier les conditions du traits. A ce moment la reine croyait si bien à la pacification des troubles qu'elle envoyait des commissaires dans toutes les provinces pour so faire rendre les villes détenues par les protestants. Mais après avoir discuté la question avec les seigneurs qui formaient son entourage, le prince do Condé se ravisa et prétendant que le séjour du Connétable et du maréchal dc Saint-André à Chateaudun devait cacher un piège, rompit toutes négociations; Calherine do Médicis écrivait le 3o juin à M. de Gonnor : "Ceulx quc nous pensions estre pacifiez sont plus roides que jamais, et sommes aussi loing de la paix que nous en pensions estre pres» (Lettres de Catherine de Médicis, I. 1, p. 337, 34o, 341, 345; Mémoires de Michel de Castelnau, t. I, p. 97).
(4) Probablement le 27 juin.
(-' Verdes, Loir-et-Cher, arrondissement de Blois, canton d'Onzouer-le-Marché.
C' Le 3o juin, selon toute apparence.
O Après la rupture des négociations, lo prince de Condé prit en effet la résolution d'attaquer à Pimproviste l'armée royale, en profitant de l'absence du maréchal de Saint-André et du Connétable, ll fit avancer ses troupes vers La Ferté-Alais, donnant le commandement de l'avant-garde à Coligny, suivi des arquebusiers sous Ies ordres du sr d'Andelot, mais les protestants, égarés par leurs guides, après avoir marché toute la nuit, se trouvèrent au point du jour à une heure du camp des catholiques; le duc de Damville donna l'éveil et l'entreprise avorta (De Thou, Histoire universelle, t. I, p. 219).
'-) Talcy et Roche, Loir-et-Cher, arrondissement de Blois, canton de Marchenoir; plusieurs lettres de Catherine de Médicis écrites le 3ojuin 1562 sont datées de Talcy.
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